Je veux rentrer chez moi
Malaise.
Je veux retourner à la maison.
Quelle plaignarde, direz-vous.
Je nous trouve indécents.
Nous ici, à s’offrir 6 mois de découvertes.
Dans des pays où la majorité des gens ne peuvent s’offrir une journée de congé pour maladie.
Je n’ose pas même leur dire.
On me demande combien de temps au Viet Nam?
Un mois.
Le regard qu’il me lance, l’expression sur leur visage.
Imaginez si je leur disais : ce n’est qu’un début. Ensuite c’est le Laos, la Thaïlande, puis…
À certains moments, naviguant entre les scooters, les échoppes de trottoirs, les coqs, les détritus, les balayeurs… je me demande ce que je fais ici.
À d’autres, lors des visites de musées, où tout est gratuit pour les enfants, parce qu’éducatif, dans les restos accueillants, bondés de vietnamiens, pendant les échanges avec les guides, la pharmacienne de la clinique qui parle français ou cet autre vieil homme, qui n’a qu’une ou deux dents, mais qui au fond de sa boutique est très fier de me répondre dans ce français qu’il n’a pas souvent l’occasion d’utiliser…
Tous ces moments plaident un peu en faveur de ce communisme qu’on a tant démonisé.
Je suis tellement ambivalente.
Mais si vous saviez mon empressement de dire que je ne parle pas bien anglais.
C’est vrai, mais c’est surtout pour qu’on sache que je ne suis pas américaine.
Tout aussi vite pour dire, quand on me demande d’où je viens si je parle français, que je suis canadienne, canadienne-française. On s’enfarge pas longtemps dans les fleurs de son nationalisme québécois lorsqu’on veut se distancier des nations colonialistes qui ont brisé ce pays. Et le guide militaire de me rassurer en m’expliquant la tradition millénaire de résistance des vietnamiens. Ils en avaient de l’expérience. Ils ont repoussé l’envahisseur chinois pendant des siècles, ce qui les a bien préparés à l’attaque des américains.
Ma pensée va dans tous les sens. Je suis confuse, mal à l’aise
Je ne vais pas rentrer au pays, vous vous en doutez bien.
Voir la complicité de mes enfants grandir chaque jour, leur désir de voir, de comprendre. Les fous rires à table, quand le décalage horaire nous transforme en humoriste de fin d’soirée. Tout ça, et bien d’autres choses valent mille fois le malaise qui m’étreint dans le silence des trajets en taxi, dans l’intimité de mon oreiller. Mais comme je suis en congé de ma psy, c’est à vous que je confie mes insomnies, c’est votre oreille que je prends à témoin de mes états d’âme. Parfois c’est rigolo, d’autres fois ça l’est moins.
Bonne soirée à vous tous qui me lisez avec tant d’amitié. Je vais tenter de dormir un peu avant de boucler à nouveau nos sacs à dos vers d’autres horizons…
Ciao
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