Les douze plus longues heures de notre vie...
Nous venons de vivre une expérience des plus éprouvantes. Le trajet nous menant de Sapa à Diên Biên Phu dans le nord du Vietnam. Le voyagiste a bien embobiné Nathalie, c’était un Français qui lui a vendu un petit autobus confortable de 24 places seulement, qui ne serait pas « surbouqué » et qui viendrait nous chercher devant la porte de notre hôtel. Tout ça pour beaucoup de dollars évidemment, le confort, ça se paye! Le trajet était offert de jour et de nuit, mais il nous déconseillait le voyage nocturne, trop dangereux de mélanger montagnes, brouillard et obscurité, sans compter que le panorama valait le détour et que la lumière du jour était indispensable pour en profiter pleinement…
Le voyage devait durer environ 9 heures, mais vu le titre de mon article, vous vous doutez bien qu’il n’en fut rien!!! Malheureusement, ce n’était pas la seule des affirmations de notre homme à se révéler fausse. En fait, il n’y en a eu qu’une seule de vraie, c’est que le trajet diurne est préférable au nocturne. Donc, l’autobus n’est pas venu jusqu’à notre hôtel, ce n’était pas un autobus, mais plutôt une fourgonnette de 18 places entassées les unes sur les autres avec pas de place pour les jambes, pas de fauteuils inclinables, pas d’air conditionné, pas de suspension non plus (sinon le siège lui-même qui se balançait de gauche à droite à notre grand désarroi) et surtout, pas chauffeur prudent et sensé. Ce qu’il faut précisé, c’est que la route était en réfection majeure, c’est-à-dire qu’elle était en terre sur un tronçon d’environ 100 km soit, la totalité du trajet! Elle sinuait ainsi à flanc de montagne avec des falaises vertigineuses (de 100 à 300 mètres de haut) sur notre droite, sans garde-fous aucun.
Chaussée instable donc et parsemée de rochers éboulés, de tas de graviers de part et d'autre, de machineries aussi. Souvent et constamment ennuagée de la poussière soulevée par les nombreux véhicules qui l’empruntent, nous avions le choix entre suffoquer de chaleur ou de poussière en ouvrant ou non les fenêtres. Mais le pire, c’était évidemment la route elle-même, le panorama était effectivement exceptionnel, mais difficile d’en profiter lorsque tu ne peux détacher les yeux de la route en te demandant si le prochain tournant sera ton dernier! Souvent les virages sont si étroits qu’ils ne permettent pas à deux véhicules d’y passer en même temps (je vous rappelle que le précipice jouxte le virage, sans arbres, ni rien pour ralentir la course d’un véhicule). La montagne qui borde le côté gauche de la route empêche de voir si un autre autobus ou un camion s’en vient à sens inverse.
Dans ces conditions, on serait à même d’imaginer que le chauffeur de notre autobus ralentirait pour pouvoir évaluer ses chances de survie… mais non, il se contente d’un coup de klaxon et poursuit sa route à la même vitesse! Et quand il y a deux voies de largeur dans le tournant, il en profite pour dépasser le camion qui est devant nous et qui peine à monter la côte (je n’exagère même pas!) Catastrophe… Impossible de fermer l’œil non plus, même Nathalie qui peut dormir n’importe où n’a pas réussi ici! Maintenant je rigole de notre aventure, mais j’ai beau être de nature plutôt optimiste et débonnaire, je ne trouvais pas ça si drôle!
À plusieurs reprises, nous avons dû immobiliser l’autobus et attendre que le camion d’en face recule d’une centaine de mètres jusqu’à une portion de la route qui nous permette de passer tous les deux de front. Mais nous aussi avons dû reculer pour céder le passage, c’est moins drôle ça aussi, pas par fierté piétinée, parce que le précipice nous appelle, nous appelle, nous appelle. Notre chauffeur ne l’a pas entendu heureusement, la falaise devait appeler en français! Je croyais avoir tout vu, mais non, tout à coup, j’entends klaxonner derrière nous, un autre autobus veut nous dépasser, plutôt que de lui céder un peu de place, notre chauffeur accélère (non mais, on a sa fierté quand même! Catastrophe!!!). Ça a duré une bonne vingtaine de minutes, klaxon, talonnage, accélération, klaxon… Il nous a finalement dépassés, alors que l’on doublait un camion dans un tronçon plus large, il a passé le camion par la droite et s’est retrouvé devant nous à la sortie du dépassement! Je n’en revenais pas, un chauffeur encore plus téméraire (fou devrais-je dire) que le nôtre!
Contre toute attente, c’est vivant que nous sommes arrivés, 11 heures et 45 minutes plus tard à notre destination… C’était il y a trois jours déjà, nous sommes présentement au Laos et presque tous les touristes dans la Ghesthouse où nous sommes ont pris cette même route pour venir ici. Tous en parlent comme étant l’expérience la plus éprouvante de leur voyage!!! Il y en a une qui à cause d’une panne de 6 heures de son autobus a dû compléter la fin du voyage de nuit, ils ont même essuyé un éboulis de pierres (sans gravité heureusement) sur leur autobus. De plus, comme le chauffeur était debout depuis vraisemblablement 4 ou 5 heures du matin, rendu à 21 heures, il cognait des clous… (AU SECOOOOOOOOURS)!
Ce sont des moments comme ceux-là qui nous rappellent qu’il est foutrement bon d’être vivant et que si la vie est souvent difficile, on y tient quand même!!!
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