Les rues de Ho Chi Ming
Notre premier contact avec la ville: un taxi qui file à vive allure dans une ville presqu'endormie. Il est trois heures du matin, on ne croise que des motos chargées comme des mulets. Pas d'appareils photos pour témoigner, mais imaginez un livreur de journaux à moto, dont le territoire est votre quartier entier. Une pile de journaux devant lui qui lui cache la bouche ( une pile d'environ 2 pieds de hauteur) et une autre derrière lui qui dépasse sa tête tout autant) Au premier coup d'oeil j'ai cru qu'il ne pouvait pas voir devant.
C'est Nico qui a remarqué qu'à chaque feux de circulation, il y a un décompte (comme chez nous pour les piétons) un pour dire combien de temps il reste à attendre, un autre pour dire combien de temps il reste pour passer. C'est le lendemain que nous allions saisir toute l'importance de ces informations...
Heureusement que notre ami Alain, des îles de la Madeleine, nous avait donné le mode d'emploi pour traverser les rues, car nous serions encore au coin à attendre. La circulation ici, c'est comme une rivière qui coule. Le flot est ininterrompu. Donc jamais de temps précis pour les piétons. Au bord du trottoir (et souvent sur le trottoir aussi) des motos, des scooters, des pousses-pousses. Par centaines. Un peu plus au large, des autos, toujours récentes, des taxis, tout aussi neufs, beaucoup moins nombreux certes mais en quantité respectable. Viennent ensuite les autobus. Et on refait la même chose dans l'autre sens. S'ajoute à ce flot nos amis qui tournent à droite, à gauche... enfin voyez par vous-même.
(mon talent de cinéaste est en devenir…)
Donc Alain m'avait prévenu: tu marches d'un bon pas, sans hésitation, car sinon c'est la catastrophe. Ils vont s'ajuster à ton passage (!!!). Pratico-pratique comme je suis, j’avais déjà ma stratégie : je tiens un petit par la main, une grande agrippe mon sac à dos et je m’accroche à un Vietnamien qui traverse dans la même direction. Et croyez-le ou non, je l’ai fait (accrochée virtuellement bien sûr, je marchais dans ses traces…). Pendant deux coins de rues. Ensuite, je me sentais prête à voler de mes propres ailes. La tentation de fermer les yeux est quand même grande… Trop peur de voir ce qui va arriver !
Mais bon, on s’habitue à tout, et comme Élo l’a décrit, dans l’après-midi, en mal de sensations plus fortes, j’ai pris un pousse-pousse avec les deux petits pour rentrer à l’hôtel. Du trottoir, je n’avais pas mesuré l’ampleur du contre-sens. Difficile à décrire, mais imaginez-vous assis devant un vélo, un vélo, je le répète, donc, pas de moteur, juste un pauvre homme qui pédale (et moi, idiote, ou naïve, en tout cas distraite, je lui fous trois personnes à propulser). Alors, imaginez encore, juste quelques secondes, cet équipage qui fonce au pas de tortue dans cet enfer, se faufilant entre les autobus, parfois face à face, comme si nous étions en mesure de les défier… Je vous rappelle que c’est nous qui sommes assis devant !
Vous pensez que je suis folle ? Avec moi, tout est possible, plusieurs le savent d’expérience. Et encore plus si c’est pour vous. Je suis prête à tout pour vous faire goûter les plaisirs de l’Orient. Donc, jour deux, que pourrais-je offrir comme sensations fortes à mes amis ? Un p’tit tour de moto ? Éloïse est faite du même bois que moi. Alors on sollicite un chauffeur de moto pour nous conduire au palais de la réunification. Richard et les filles savent qu’ils ne peuvent plus rien pour nous, car « une fois qu’elle est lancée… rien ne peut l’arrêter ». Je vous ai parlé des motos, mais vous ai-je dit qu’ils y montent à plusieurs ? Souvent trois, parfois quatre. J’avais remarqué que les enfants n’avaient jamais de casques. Notre candidat chauffeur m’a tout expliqué : les petits n’en ont pas besoin. !?!?!?!? Devant mon air ébahi, il a compris. Et en a trouvé un pour ma petite Éloïse. Pour la modique somme de 20 000 DVG (1$), nous voici lancé dans les rues de la ville comme de vraies Saïgonnaises. Venez, montez avec nous…

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